beau-parentIl est de plus en plus fréquent aujourd’hui que la personne à laquelle on décide de s’unir ait des enfants. En se mariant, on devient non seulement épouse ou mari mais aussi beau-parent officiel. Ce dernier statut ne se décrète pas, mais relève plutôt d’un apprentissage avec ses codes, ses limites, ses espoirs et ses craintes. Pour comprendre comment l’appréhender, nous avons rencontré Isabelle Yakoubian, psychologue FSP spécialisée en thérapie familiale qui nous donne quelques pistes de réflexion pour nous aider à revêtir nos habits de beau-parent.

 

 

semarier.ch: Existe-t-il un mode d’emploi du beau-parent?

Isabelle Yakoubian: Si chaque cas est particulier, il est important de savoir que le beau-parent ne remplacera jamais le parent biologique que celui-ci soit absent pour raison de divorce ou de mortalité. Il est essentiel de ne pas faire disparaître, chez l’enfant, l’image et la fonction du parent absent. Ne cherchez pas ou refusez qu’il vous appelle papa ou maman, trouvez plutôt ensemble un autre nom.

Autre principe à avoir en tête: Il n’y a aucune obligation à s’aimer réciproquement entre beaux-parents et beaux-enfants.

En revanche, respect et tolérance réciproques sont indispensables pour jeter les bases d’une relation saine. L’enfant de votre conjoint vous voit comme un adulte. Il attend donc de vous des réactions conformes à l’image qu’il a de l’adulte.

Donnez-vous, à tous les deux, le temps avant de vous rencontrer, ne cherchez pas à faire «copain-copain» tout de suite, soyez à son écoute et apprivoisez-vous tranquillement.

sm.ch: Comment faire si l’enfant ne veut pas accepter son beau-parent?

I.Y: Il est vrai qu’en cas de recomposition familiale, l’enfant peut avoir la tentation de rejeter sa frustration et sa colère sur son beau-parent, ce qui est lourd à porter pour ce dernier. Un des moyens qui s’offre à celui-ci, est d’essayer, seul ou aidé, de prendre de la distance émotionnelle. Il est important qu’il ne se culpabilise pas s’il fait de son mieux, donne le meilleur de lui-même. L’idéal est qu’il n’attende de l’enfant que ce qu’il est capable d’offrir à un instant T. Là encore, il doit donner du temps au temps.

sm.ch: Quel rôle joue le parent biologique «absent» pour raison de divorce dans la relation que son enfant peut créer avec son beau-parent?

I.Y: Il faut qu’il prenne conscience, et ce n’est pas facile pour lui, que son enfant est pris dans un conflit de loyauté. Si, par exemple, mère et belle-mère ne s’entendent pas, l’enfant ne voit pas comment aimer deux personnes qui ne s’aiment pas et éprouve souvent la crainte de trahir son parent biologique en appréciant son beau-parent.

L’idéal est que le parent biologique arrive à dire «je n’apprécie pas cette personne, mais c’est mon histoire avec elle, pas la tienne» Cette position est très difficile à formaliser, car souvent le parent biologique peut craindre que «l’autre» ne vienne prendre sa place, «et s’il était un meilleur parent que moi?»

sm.ch: Et quel est le rôle du parent biologique présent au quotidien?

I.Y: Sa place est essentielle, il pose les limites, fixe le cadre aussi bien avec son enfant qu’avec son conjoint. Il est le représentant de l’autorité parentale au jour le jour et doit assumer ce rôle.

Quand il partage de nouveau sa vie avec quelqu’un, le nouveau couple forme une équipe parentale qui doit manifester cohérence et cohésion devant l’enfant. Pour aboutir à ce climat, il est important que dialogue et négociation s’instaurent entre eux, que les actes aient un sens et que les responsabilités soient assumées.

sm.ch: Le mariage et l’officialisation qui l’accompagne changent-ils quelque chose à la relation beaux-parents /enfant?

I.Y: Fondamentalement, ça ne change rien pour les enfants. Les adultes peuvent avoir l’illusion que ça va donner une assise, de nouvelles bases mais ce n’est pas le cas. L’apprentissage de la relation se fait au jour le jour et avec le temps.